« Pfff… C’est dur… »

« Pfff… ça ressemble à rien… »

« Pfff… C’est chelou… »

H., 10 ans, soupire. H. râle. H. s’impatiente.
Pourquoi ? Parce qu’il veut réussir son dessin. Il adore le « réaliste » comme il aime dire. Comme beaucoup d’enfants de cet âge, d’ailleurs. Alors pour lui faire plaisir et comme c’était les deux dernières séances du pack de cours de dessin avec lui, je lui ai proposé de dessiner un loup.

H. adore les animaux. Surtout les dragons et les loups.
J’ai procédé par étapes pour que H. puisse arriver à un résultat. Car il ne faut pas que le dessin devienne source d’angoisse, de frustration, et que le désir, l’envie et le plaisir de dessiner disparaissent. Ces étapes permettent d’entrer dans le sujet progressivement, doucement mais sûrement. Ne pas se précipiter et comprendre ce que l’on voit.


L’observation
Se jeter sur sa feuille tête baissée le crayon collé à la main ne sert à rien. On s’imprègne du sujet, on le regarde, on l’apprivoise.
Je répète plusieurs fois à H. qu’il faut qu’il relève la tête, qu’il dessine d’après modèle et non d’après imagination, car ça, c’est un autre sujet (« je sais pas quoi dessiner » me dira-t-il, un jour… Un enfant sans imagination ? Je n’y crois pas.). Les habitudes sont difficiles à changer, mais à force de dire les choses, ça rentre. Et ça reste chez les enfants, quel bonheur !

La construction
D’un trait léger et doux on pose sur la feuille les prémices du dessin, le poignet est souple, la main voyage sur la feuille. On prend le temps de regarder son modèle. D’ailleurs on ne regarde pratiquement que lui, le regard fait des allers-retours entre lui et le papier mais en insistant sur le sujet.
H. souffle un peu, mais je lui indique que s’il prend bien le temps de tracer sa construction, le reste ne sera que pur plaisir ! Après tout, nous avons le temps de poser les traits. Avons-nous un train à prendre ? La construction est une étape importante car c’est elle qui fait tout le dessin. Les « débutants » doivent bien prendre le temps de réaliser cette étape car plus tard cela sera facile comme tout, le regard sera aiguisé et le cerveau aura enregistré les proportions, les formes, les contre-formes, les angles… Cela viendra tout seul !

Le modelé
Ah ! On rentre dans le vif du sujet. Voilà qui est intéressant. H. décrit de lui-même ce qu’il observe et comprend. « Là il y a plus de poils. Là c’est plus foncé. » Tout juste ! Je jubile, H. a intégré l’observation ! Et surtout, il prend du plaisir à dessiner, à me dire ce qu’il voit et ce qu’il faut tracer sur le papier.

Le résultat
Je demande à H. ce qu’il pense de son travail. Comme d’habitude, il n’est pas très démonstratif. Je le félicite car le sujet était plutôt ardu. H. n’était pas très enthousiaste lorsqu’il a fallu construire le sujet (c’est dur, je suis nul etc. Vous reconnaissez ces phrases?) mais petit à petit il est rentré dans son dessin et s’est pris au jeu. Parce que je lui ai expliqué, parce que je l’ai encouragé (les gens ont tendance à ne voir que leurs erreurs!), parce que je l’ai accompagné, parce qu’à force de répéter et de refaire les choses, elles restent. Parce que je mets en avant les progressions, les bons éléments tout comme les erreurs qui sont normales (petite précision : nous sommes des êtres humains, nous avons le droit de nous tromper, si si ! Et bonne nouvelle, il faut se tromper pour progresser !) et essentielles pour avancer.

Et parce que dessiner un loup, c’est quand-même « stylé ».